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VERGOGNE, subst. fém.
A. - Vieilli ou littér.
1. Pudeur, retenue, modestie. Comment peux-tu, ma chère enfant, plaisanter avec ces choses sacrées? Tu as donc perdu toute vergogne? (ZOLA, Dr Pascal, 1893, p. 183). Et quant à la vergogne, c'est une langouste [Jacqueline] il faudrait la faire cuire pour qu'elle rougît (TOULET, Demois. La Mortagne, 1920, p. 89).
2. Région. (notamment Sud-Est). Honte, sentiment de gêne, de malaise éprouvé dans une circonstance où l'on se sent inférieur, humilié ou ridicule. Inspirer une sorte d'attachement à mon âge me semblait une véritable dérision; plus je pouvais être flatté de cette bizarrerie, plus j'en étais humilié, la prenant avec raison pour une moquerie. Je me serais volontiers caché de vergogne parmi les ours, nos voisins (CHATEAUBR., Mém., t. 3, 1848, p. 563). J'en avais assez, à la fin, de faire la souris avec le chat (...). J'avalais ma vergogne et je demandais la raison de tout ça (GIONO, Baumugnes, 1929, p. 170).
- Avoir vergogne. Avoir honte. Avec lui, je n'étais pas à mon aise; j'avais vergogne (GIONO, Baumugnes, 1929, p. 14). Avoir de la vergogne à/de. Éprouver de l'embarras, de la honte à, de. N'as-tu pas de vergogne, à ton âge, de n'être pas en état de gagner la valeur d'un cigare? (STENDHAL, L. Leuwen, t. 1, 1836, p. 25). N'avez-vous point vergogne de votre conduite? (CLAUDEL, Soulier, 1929, 1re journée, 5, p. 667).
B. - Loc., fam. Sans vergogne. Sans crainte, sans scrupule, sans pudeur, sans honte.
1. Loc. adj., péj. Effronté, sans scrupule, immoral, impudique, indélicat. Canaille, fille sans vergogne; entrepreneur, exploiteur, pillard, trafiquant sans vergogne. Ta Mademoiselle Pinson est un monstre, et tes grisettes que tu vantes, ces mœurs sans vergogne, ces amitiés sans âme, je ne sais rien de si méprisable! (MUSSET, Mimi Pinson, 1845, p. 242).
- Empl. subst. Personne sans gêne, sans scrupule. Rodrigo, le sans vergogne (...), curieux et goguenard, m'a questionnée (ARNOUX, Calendr. Fl., 1946, p. 208).
2. Loc. adv.
a) [Avec une valeur dépréc.] Synon. de effrontément, irrespectueusement, impudiquement. Agir, demander sans vergogne. Petit-Pouce et Paradis (...) les interpellèrent, sans vergogne. Elles firent tout d'abord fi de ces avances et continuèrent leurs pérégrinations (QUENEAU, Pierrot, 1942, p. 21). Quelques-uns avaient mis à profit le sommeil où ils nous trouvaient pour nous dévaliser sans vergogne (AMBRIÈRE, Gdes vac., 1946, p. 179).
b) [Avec une valeur intensive] Immodérément, sans retenue. Boire sans vergogne. Ils engloutissent sans vergogne, dans leur coin, un bœuf à l'ail et au verjus, et des oisons gras, et des soupes au pain (FARAL, Vie temps st Louis, 1942, p. 38).
Prononc. et Orth.: . Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1. Ca 1100 vergoigne « sentiment de honte » (Roland, éd. J. Bédier, 1705); 1553 vergogne (La Bible, s.l., impr. J. Gérard, Esdras, 8, 22); 2. 1588 [éd.] sans vergnongne « sans honte, sans scrupule » (MONTAIGNE, Essais, III, 5, éd. P. Villey et V.-L. Saulnier, p. 847). Du lat. class. « crainte respectueuse, réserve, pudeur », lat. de l'époque impériale « honte devant une chose blâmable », dér. de « craindre; révérer, respecter, appréhender »; actuellement ne s'emploie plus que dans la loc. sans vergogne. Fréq. abs. littér.: 154.
DÉR. Vergogneux, -euse, adj., vieilli ou littér. a) Réservé, scrupuleux. Un homme vergogneux (...) Qui s'alarme d'un mot, qui baisse la paupière Pour une drôlerie un peu trop familière (POMMIER, Colifichets, 1860, p. 12). Il se trouvait dans d'autres stalags des Français assez peu vergogneux pour monnayer leur complaisance et faire commerce de l'espoir de leurs camarades (AMBRIÈRE, Gdes vac., 1946, p. 107). b) Honteux, envahi d'un sentiment de gêne et d'embarras. Lâche pénitent, sans aucun doute, mais vergogneux et humilié (BLOY, Désesp., 1886, p. 54). Empl. subst. Lui, timide autrefois comme un mouton (...)! Ah çà! mais, il était tout à fait changé! L'aimable vergogneux (...) avait une tout autre dégaîne (CLADEL, Ompdrailles, 1879, p. 184). - fém. [-ø:z]. - 1res attest. ca 1175 vergoignos e espoenté « qui éprouve un sentiment de honte » (BENOÎT DE STE-MAURE, Ducs Normandie, éd. C. Fahlin, 43100), 2e moit. XIIIe s. honteuse et vergogneuse (Ass. de Jérus., I, 182 ds LITTRÉ), de vergogne, suff. -eux*.
BBG. - DAUZAT Ling. fr. 1946, p. 6. - GAMILLSCHEG (E.). Etymologisches Wörterbuch... Heidelberg, 1969, p. 92. - GOHIN 1903, p. 310. - QUEM. DDL t. 10.

par Didier Rizzo
samedi 5 mai 2007
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