Dans quelle galère me suis-je fourgué ?

Pour son TPE (travaux personnels encadrés), Romain et deux de ses camarades ont décidés de travailler sur la fuite hors de la réalité par les adolescents, en particulier lors des rave-parties.

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Flyer

Pour ce travail, ils leur fallaient interviewer quelques raveurs afin de recueillir leurs sentiments. Une grosse rave s’annonçant à Epinal, ils désiraient s’y rendre avec le matériel (caméra, micro) nécessaire pour récolter les images et sons indispensables à leur travail.

Et me voilà, bon père, sur la route d’Epinal, avec mes trois lascars supportant en silence les chansons des vieux Lavilliers et Arno…

La teuf - parlons jeune - doit débuter à 22 heure et se terminer à 6 heure du matin. Par précaution, j’ai pris une chambre d’hôtel afin de pouvoir reposer un peu mes oreilles et aussi et surtout pour laisser les jeunes s’amuser.

La soirée débute en retard. Nous ne pénétrons dans le hall du parc d’exposition d’Epinal à 22 heure 40 seulement. Nous apprendrons durant l’attente que par arrêter préfectoral, la fête devra se terminer à 5 heure. Il n’y à pas encore beaucoup de monde, mais déjà la sono balance un son énorme. Les organisateurs annoncent 80 kw de son. Je suis incapable de le confirmer, mais je peux dire que cela fait vibrer…

Je ne resterais que durant le « versus » - animation par deux DJ - Lenny Dee (Usa) vs Promo (Hollande) - qui se passent successivement les platines et développent ainsi en commun un son, l’un influençant l’autre. Le tempo – beat soyons moderne – est très rapide, 140, c’est-à-dire 140 noire par minutes. Pour vous donner une idée, la Marseillaise s’interprète généralement à 120 à la noire.

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Le temps est constamment battu d’un son très grave, très lourd, qui fait vibrer la poitrine. Les effets de lumières s’enchaînent. Projecteurs qui changent de couleur et virevoltent animés par des moteurs, laser vert qui transperce de son rayon toute la longueur de la salle, stroboscope qui explose les neurones.

A de rares moments, le beat, la pulsation disparaît, souvent lors du passage de relais entre l’un des deux DJ. Si le martèlement cesse, le son reste puissant avec des effets électroacoustiques. Et dès que le rythme réapparaît, les teuffeurs lèvent le bras en signe de satisfaction et se remettent à danser de plus belle.

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Entre les effets physiologiques du son hyper puissant et de la lumière qui virevolte sans cesse, on peut se demander pourquoi beaucoup de ces jeunes prennent des substances illicites. Sans même une bière dans l’estomac, je puis vous assurer que cela bouge au fond de soi et que l’envie de danser vous démange. Enfin, quand je parle de danser, disons bouger parfois frénétiquement, parfois comme en apesanteur. Bouger au milieu des milliers de fêtards, mais sans aucune interaction avec vos voisins. Drôle de sensation de foule et d’isolement. Sans compter qu’il est presque impossible de se parler.

A minuit passé, je décidais avoir terminé mon initiation à l’adolescence du début du 21ème siècle et je m’autorisais à retrouver une silencieuse chambre d’hôtel. Mon Romain me donna la caméra et le micro et rendez-vous était pris pour dans quelques heures. La puissance sonore avait rendu impossible l’enregistrement d’interview, mais les images panoramique sur la salle permettrait de donner une impression de la réalité d’une telle fête au non-initiés.

Le sommeil vint difficilement. Le réveil à 5 heure fût un difficile également mais en retrouvant mes ados effondrés de fatigue, je me félicitais de m’être octroyé quelques heures de repos. Le retour fût encore plus silencieux que l’aller. Mes passager ronflaient et me laisser écouter Stacy Kent sans exprimer la moindre lassitude.

Trop fatigué, ils refusaient même le petit déjeuner que je leur proposais, réclamant leur lit dans un soupir.

Je dois avouer que je passais presque mon dimanche entier dans le mien.

Un petit goût de cette nuit...

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Pour se faire une idée...

par Didier Rizzo
lundi 16 janvier 2006
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