Comme chaque année, nous prenons nos abonnements dès juin. Cette année, l’Arsenal proposait une somme de concert de l’orchestre national de Lorraine en addition à sa propre programmation. Tentés par certains de ces concerts, nous avons donc piochés allègrement dans cette offre.

Nous avions été étonné, dès cet instant, par le fait que les places proposées n’étaient pas les meilleures. En fait, certains rangs étaient réservés aux ventes Arsenal, les autres aux ventes faites directement par la billeterie de l’orchestre.

Nous voilà donc, arrivant avec nos invités (ben oui, nous avions décidé d’offrir ce concert à mon frère qui ne connaissait par l’Arsenal et rêvait de le découvrir en entendant « le nouveau monde ». Nous voilà donc, arrivant avec nos mauvaises places (rang T : presque au poulailler…), et découvrant une digne mamie et un groupe plus jeune (il faut dire que les jeunes sont rares aux concerts « classiques »…) assis à nos places. Et avec des billets aux bons numéro.

Une aimable ouvreuse nous explique qu’en effet, il semble que les billets aient étés vendus deux fois. Elle nous propose donc de trouver des places qui resteraient libres, expliquant que dès l’entrée des artistes, un auditeur qui arriverait avec les billets de nos places usurpées ne pourrait rentrer.

Nous frayant un chemin entre les micros et les caméras (j’ai oublié de dire que le concert était enregistré pour TF1 et FR3 comme à expliqué le chef, ignorant comme 95% des gens que FR3 s’appelle France 3 en 1992…) nous nous retrouvons au second rang. Agréable pour qui désire observer les artistes en détail, mais moins pour qui espère une audition homogène du concert.

Les contrebasses sont devant nous, juste devant l’entrée des artistes, et les caméras (9 au total ce qui ne manque pas de m’impressionner et explique les coûts faramineux de tout programme de télé : 9 caméramans, 3 techniciens visibles sans oublier les chefs et ceux qui se cachent en régie).

Le chef, Jacques Mercier, vient expliquer et demander pardon pour les désagréments engendrés par l’enregistrement. Chaque entrée et sortie se fera comme un concert unique.

Le concert débute par du Geshwin. Deux ouvertures de comédies musicales « Broadway » et « Girl crazy ». On reconnaît des embryons de thèmes qui seront popularisés par « un américain à Paris ». Ensuite, je découvre le concerto en Fa interprété par Danielle Laval. Brushing impeccable mais robe moins seyante, elle interprète pourtant ce concerto avec brio. Une orchestration riche qui met en valeur chaque pupitre tout en laissant le piano briller par moment. Ces œuvres des années 1924 à 1930 sonnent parfois un peu comme du Prokofiev et comme j’apprécie beaucoup ce compositeur, je passe un excellent moment.

Je n’avais jamais entendu cette œuvre, en tout cas ma mémoire n’en a pas gardé trace. Je dois avouer avoir été agréablement surpris. Par l’écriture, mais également par l’orchestre. Alors que ces dernières années, je devinais des hésitations malheureuses dans les entrées, que la cohérence rythmique était parfois plus que compromise, j’ai cette fois-ci été impressionné par la précision des entrées et la qualité des cuivres tout particulièrement. La seule critique que je ferais serait de demander, peut-être, que la batterie regarde plus le chef…

Danielle Laval interprète ensuite, accompagnée par l’orchestre, le thème du film « un été 42 » qui me semble moins intéressant. Sans doute faut-il satisfaire la télévision. Elle donne ensuite deux pieces pour piano seul et je dois avouer et regretter mon ignorance, je ne sais pas ce qu’elle a joué. Je soupçonne une pièce de Nino Rota, mais…

Il est déjà 21h45 et l’entracte débute. Nos invités sont aux anges et pas surpris de la longueur du concert. Il nous est pourtant arrivé de quitter l’Arsenal à cette heure…

Cela reprend avec la romance en Fa mineur de Dvorak pour violon et orchestre. Denis Clavier, violon solo de l’Orchestre National de Lorraine m’est apparut souvent brillant, mais parfois brouillons. Une fougue qui laisse parfois la justesse en route avec quelques notes au passage. Il me donne l’impression que tout est possible, du pire au meilleur. Ce soir ce sera au milieu. Quelques moments de grâce et d’autres d’inquiétudes ; ne manque t’il pas de notes dans ce trait qui semble bizarre à l’oreille. Bon, ne connaissant pas cette œuvre, je dirais que cela m’a semblé assez plat. Faute au compositeur ou aux interprètes ?

C’est maintenant la soprano Elisabeth Vidal qui entre en scène dans une superbe robe rouge à corset tiré d’un conte de Charles Perrault. Menue mais perchées sur ses hauts talons, elle entre en scène avec un port de toréador. Elle interprète une œuvre de Delibes et un autre de Massenet. La voix est puissante, parfois d’une délicatesse et d’une finesse bien agréable, mais je me surprend à me demander si certaines notes aigues sont volontairement délicates (voir précédemment) ou si, plus prosaïquement, elles sont trop hautes ?

Pour finir, le gros morceau arrive. La symphonie du nouveau monde de Dvorak. C’est dans cette œuvre que la dimension du chef se révèle le plus. Face à une pièce archi-connue et entendue, il fallait à Michel Mercier tenter d’y insuffler une âme. Opération réussit. Même si les cordes manquent encore de « ronronnant » et que le cor anglais flirtera avec la justesse (il me semblera parfois haut…), l’ensemble sera agréable a écouter. Précisions et finesse seront la marque de cette interprétation. Les cuivres ne cuivrent pas mais donnent tout de même force et vigueur à cette œuvre. J’ai apprécie que l’orchestre ne tente pas d’atteindre la puissance entendue avec certains phalanges (sur disque je dois l’avouer) mais qu’il ait su exploiter son potentiel au mieux et nuancer son interprétation.

Après avoir passé une bonne soirée, la question qui me taraude est : l’orchestre est il en progrès ou a-t-il fait des efforts tout particulier en raison de la présence des caméras.

Réponses aux prochains concerts…

par Didier Rizzo
vendredi 16 septembre 2005
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